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Marie Christine Saragosse à RFI-F24 : Nous défendons la laïcité, les droits de l'homme et la place de la femme

Info postée le 16-02-2013 à 19:12

Marie Christine Saragosse était reçue ce jeudi 14 février 2013 par l'AJM, l'association des journalistes média.

Elle dirige l'AEF, le pole audiovisuel extérieur de France qui regroupe RFI, Monte-Carlo Doualiya (MCD) et France 24, depuis septembre 2012. A noter que cette société changera de nom en avril-mai 2013, AEF rappelant de mauvais souvenirs en Afrique (Afrique-Équatoriale française).

Nous rencontrons Marie Christine Saragosse à un moment crucial pour la vie de l'entreprise : le déménagement de RFI se termine le week-end suivant.

Le service monde et le service Afrique, les deux grosses rédactions francophones de RFI arrivent à Issy-les-Moulineaux et il faut gérer la continuité d'antenne avec 250 personnes.

"C'est un moment d'émotion même si le déménagement a commencé le 5 décembre 2012 et tous saluent la qualité technique des studios et au fond, on n'est pas si mal. Il va falloir remettre des bonnes ondes, ondes courtes, moyennes dans nos nouveaux locaux, mais au fond je fais confiance, car il y a une telle énergie, on le sent, quelque chose se passe de bien".

C'est ce jeudi soir qu'a eu lieu le pot d'au revoir à la maison de la radio, Jean Luc Hees, le patron de Radio France était invité, lui qui, jusqu'ici, partageait les locaux de Radio France avec la radio internationale.

L'impression que nous avons eu de cette rencontre avec Marie Christine Saragosse est qu'elle semble aimer ce qu'elle fait. Elle appréhendait les problèmes qu'elles aurait à affronter en prenant la direction de ces médias qui avaient du subir des moments difficiles avec une guerre entre ses chefs et sous chefs, Alain de Pouzillac et Christine Ockrent, une fusion très mal vécue par les personnels entre la radio RFI et France 24, un déménagement synonyme de perte d'identité, une fermeture de services pour RFI donc un réduction du nombre de langues utilisées. Tout cela avait entrainé un climat social détestable avec des grèves à répétitions.

Mais Marie Christine Saragosse, qui venait de TV5 Monde, un poste plus tranquille, a vite apprécié les qualités de sa nouvelle entreprise et surtout ses personnels. Même si elle ne semble pas du tout d'accord avec les décisions qui ont été prises avant son arrivée, elle doit les assumer. Mais, à la demande du gouvernement, si la fusion des sociétés France 24 et RFI est confirmée, les rédactions restent indépendantes l'une de l'autre, ce qui semble primordial. Le modèle de Marie Christine Saragosse est désormais Radio France avec des radios différentes, des rédactions différentes mais avec tout le reste mis en commun.

Le travail de Marie Christine Saragosse est désormais de développer les réseaux de diffusion de RFI, France 24 et MCD mais avec des moyens limités et un budget en baisse. Elle voudrait que RFI soit plus présente en Afrique anglophone. Elle voudrait aussi que France 24 soit plus diffusée dans le monde et cela sans mettre en difficulté TV5 Monde. TV5 Monde dont elle voudrait que soient développés les relations avec l'AEF, surtout en terme de négociations de contrat de diffusion et entraides pour accéder à de nouveaux marchés.

Marie Christine Saragosse doit aussi engager plus encore ses rédactions vers les nouveaux tuyaux, les nouveaux médias, internet, les applis, etc.

Marie Christine Saragosse est enfin très attachée à rappeler que "ses" rédactions défendent des valeurs : laïcité, droits de l'homme, place de la femme dans la société.

Marie Christine Saragosse a passé en tout 13 ans à TV5 Monde, en deux fois, "avec bonheur". Au départ, quand on lui a demandé de partir prendre la direction d'AEF, elle a refusé. "En fait, j'ai répondu à une demande de TV5 Monde, car, j'étais toute fière d'avoir dit non pour être fidèle" Mais le comité directeur (de TV5) lui a dit qu'il avait bien réfléchi et si, "à la tête de l'AEF il y a quelqu'un qui nous comprend et qui connait bien notre maison, on va peut-être pouvoir travailler intelligemment tous ensemble. J'ai trouvé que c'était un argument recevable".

"Il y a  un certain nombre de gens qui trouvaient cela bien qu'on me propose ce poste, dont des femmes qui estimaient que si une femme se met à dire non quand on lui propose d'être PDG d'une société nationale de programmes, ça ne va pas. Tu es un peu obligée de le faire pour nous toutes. J'ai senti qu'il ne fallait pas que l'on pense que je faisais un caprice. François Hollande, lors d'une conférence des ambassadeurs, m'avait demandé pourquoi j'avais refusé le poste. Michel Boyon (l'ancien président du CSA) m'avait appelé le tout premier, en juillet, il m'a rappelé et je me suis dit, voilà, j'y vais.

Je n'ignorais rien des difficultés et en revanche, ce que je sais aujourd'hui c'est les points forts que je ne mesurais pas.

Il y avait les problèmes de déménagement, les plans de départ, la tension sociale, les difficultés financières, je savais tout cela, peut-être pas autant que ce que je mesurais en arrivant, mais je ne mesurais pas bien le potentiel formidable de RFI, de Monté Carlo Doualiya que l'on ne connait pas beaucoup en France, qui est une radio incroyable de liberté, d'universalisme avec des hommes et des femmes extraordinaires, et France 24 que j'ai découverte et j'ai été plutôt bluffée.

L'état des lieux, quand je suis arrivée, je l'ai d'ailleurs écrit dans le rapport de la Cour des comptes. L'anecdote était qu'il n'y avait pas d'annuaire, ce qui était symbolique des procédures imposées au moment de la fusion, il n'y avait pas d'organigramme, il avait des accords sociaux qui étaient tombés avec la fusion et qui n'avaient pas été renégociés. C'était une société en arrêt, en suspens. J'ai demandé que le commissaire aux comptes puisse faire un audit des procédures internes qui permettent à une société de fonctionner normalement et on a remis petit à petit les choses en route.

Pas de dérive ou gabegie

Dans le rapport de la Cour des comptes, il y a une idée qui me gêne dans le sens où il y aurait une dérive ou gabegie financière. Les salaires de deux personnes étaient élevés, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Si certaines sommes, moins qu'annoncées dans la presse, ont été versées, il faut rappeler que l'on est tenu, dans un plan de départ, de réembaucher les gens, y compris quand ils ont touché des indemnités de départ.

Le rapport a été parfois juste, mais dans la lignée de ce qui a entrainé un traumatisme collectif dans la mesure où ce sont deux plans de départs volontaires en trois ans qui représentent 22% des effectifs permanents. Dans la mesure où c'est volontaire, ce n'est pas ciblé. Si on ferme une rédaction en allemand et ce sont les hispaniques qui partent, si on doit toujours faire quatre heures d'espagnol, on peut toujours demander aux journalistes germanophones de parler espagnol, mais ça va faire beaucoup moins bien que s'ils étaient hispanophones, et quand on applique cela à l'échelle d'une société, ça peut donner une désorganisation et quand ensuite on fusionne et on déménage en même temps, ça fait beaucoup de choses à absorber pour des entreprises.

Par ailleurs, l'immatériel dans la culture d'une entreprise, ça compte. Une entreprise n'est pas une accumulation de masses salariales, de budgets, de locaux. Ce sont des cultures et il y a des dimensions immatérielles qui sont l'essence même. Et dans les médias, encore plus.

Dans des médias qui ont 80 ans comme RFI, il y a une identité et une culture profonde que l'on ne peut pas toujours traduire dans des statistiques et des tableaux de bord. Donc il faut faire attention, car une part de crédibilité de notre rayonnement international est cette chose immatérielle et impalpable que les auditeurs entendent et que les téléspectateurs voient.

Le problème avec le rapport de la Cour des comptes est qu'elle ne souligne pas que ces deux plans de départ, cette fusion, ce déménagement en même temps, cela pose un souci. Elle propose éventuellement de continuer sur le même train de gestion antérieure, c'est à dire on ne gère pas par rapport à des projets, on ne gère pas par rapport aux ambitions, quitte à les mettre sous haute contrainte budgétaire, mais on gère des couts. Je ne pense pas que ce soit comme cela qu'il faille faire surtout que notre budget est en croissance de  4.2% au total depuis 2008. Il n'est pas maintenu en euro constant. Le budget d'AEF, y compris TV5 Monde, représente moins de 9% du budget audiovisuel français à l'heure de la mondialisation, compte tenu du poids de la France dans le monde.

Notre budget est de 238.7 millions (plus 9.9 millions de recettes commerciales en 2013) pour RFI, France 24 et Monte-Carlo Doualiya. Il est 100 millions inférieur à celui de la BBC, 50 millions de moins que la Deutsche Welle et c'est la moitié que le budget d'Al Jazeera ou CNNi. En temps de crise, 238.7 millions, c'est une enveloppe significative, mais on fait de la télé et de la radio à l'échelle planétaire.

Les trois rédactions trilingues de France 24 qui travaillent 24 heures sur 24 coutent 50 millions d'euros. Les médias ne sont pas dans une dérive financière, on ne croule pas du tout sous l'argent. En terme de marketing, on n'a pas de quoi faire la moindre opération dans les pays où l'on est, c'est impossible. TV5 Monde a le même problème.

On est au milieu de 30.000 chaînes satellitaires, de centaines de milliers de radios, et que vous avez 25 milliards de téléchargements d'applications sur Apple Store en 2012. Avec ces chiffres, il ne suffit pas d'être excellent, il faut faire savoir que vous existez. Quand on est à l'échelle planétaire, c'est un travail colossal.

Quand je parlais de calendrier mal maitrisé, je parlais du déménagement essentiellement avec un double loyer pendant deux ans, soit le double de ce qui était prévu, donc 10 millions au lieu de 5 prévus.

la Cour des comptes a constaté un surcout de 114 millions.

Nous avons eu une dotation exceptionnelle d'environ 110 millions, non reconductible, qui ne fait pas partie du budget de fonctionnement, et les couts ne reviendront pas.

Sur cette somme, on enlève 6 millions et quelques de redressement fiscal concernant TV5 Monde, liés à un système de comptabilisation des programmes. Il y a une recapitalisation de RFI d'environ 18 millions qui n'était pas lié à une mauvaise gestion, mais c'était lié à un accord avec TDF sur la diffusion en Ondes courtes.

Concernant le déménagement, coût du projet immobilier : 21.5 millions, surcout du moratoire : 4.4 millions. Le reste du cout du déménagement, moins de 20 millions, a été payé par AEF et pas par l'État. Cela pèsera sur ses amortissements futurs.

Le coût du plan de départ volontaire est de 65 millions (41.2 le premier plan et 24.1 le second), qui a touché 300 personnes, 22% des effectifs. Je n'assume pas ces plans de départs volontaires, je n'y étais pas et je n'y serais pas allé pour les faire. Je ne peux rien dire sinon que ces plans déstructurent  les sociétés et ce n'est pas une idée totalement opérationnelle. Il reste 1190 permanents et 390 intermittents.

J'ai été nommée à la suite d'une décision très claire du 12 juillet 2012, où l'état disait : dans le cadre de la société réformée, fusionnée, nous réaffirmons l'identité de chacun des médias, l'indépendance de ses rédactions, et la spécificité des métiers.

Mon modèle, c'est Radio France.

C'est une société unique avec des services supports communs DRH, Direction financière, juridique, technique, la direction de la stratégie, celle des  nouveaux médias avec le suivi de l'évolution technologique avec la mise en place des applis etc. et la direction de la communication. On a ensuite trois médias, avec des directeurs de chaînes qui incarnent les médias.

Les plans stratégiques ont été faits par séminaires, par médias, avec des groupes de travail thématiques, y compris les correspondants à l'étranger qui ont fait des contributions et des réunions le samedi sur la base du volontariat. Il y avait plus de 400 personnes pour RFI, 250 à France 24.

Quand je suis arrivée, je n'ignorais rien des problèmes, aujourd'hui je n'ignore rien des atouts.  Je sais que l'on tient avec cet outil une puissance et du sens et cela avec des gens qui ont une vision de l'information dans le monde, de la réflexion sur les valeurs que je trouve remarquables. Il y a là une force incroyable et je pense que ça a toute sa place dans le monde et on en a besoin de ces voix-là.

Concernant les services étrangers de RFI, on était à 18 et on est passé à 12 aujourd'hui. Fallait il le faire ? Franchement, je ne sais pas, car je n'ai pas étudié ces dossiers au moment où la décision a été prise, car je n'y étais pas.

Ce que je sais c'est que surement, quand il y a eu la chute du mur de Berlin, il aurait fallu faire un brainstorming géant pour se demander si les stratégies linguistiques devaient être réadaptées. Au lieu que cela soit fait à ce moment, on a, peut-être, accumulé des soucis et que du coup, on a trop attendu et ça c'est fait, non pas dans une stratégie sereine, mais dans un plan de départ vécu avec brutalité. Il y avait certainement des adaptations à faire.

Aujourd'hui, on a 12 langues, avec des langues géopolitiques qui sont des langues qui incarnent cette idée que l'on doit défendre la liberté de l'information. Le service persan, le service chinois, le service vietnamien. Je pense qu'il faut être là dans les pays à problèmes où ces services passent leurs journées à contourner la censure.

Une chose qui m'a frappée quand je suis arrivée, la deuxième semaine, il y a une des journalistes de France 24 qui c'est fait agressée sexuellement Place Tahrir. Elle a été sauvée par son collègue et parce qu'elle avait une ceinture à son jeans. C'était violent. Il y a eu avant la même chose avec une journaliste de France 3. C'est une stratégie délibérée pour dissuader les femmes en général et les femmes journalistes en particulier d'être là

Il y a un correspondant de RFI qui est en prison pour perpétuité au Burundi. On espère que l'on va réussir à le faire sortir. Il y a des gens qui ont été blessés en Tunisie. La profession de journaliste n'est pas un long fleuve tranquille. Ca a du sens de défendre la démocratie et ceux qui prennent des risques pour cela. On ne parlait plus de ces problèmes comme si la chute du mur avait résolu le problème de la liberté de l'information. Ce n'est pas le cas. Même les Russes, ils n'aimeraient pas qu'on leur dise que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils ont des choses à dire aussi.

En plus ce sont des gens qui ont choisi le français. Je suis toujours émue quand quelqu'un choisit le français (les journalistes qui travaillent pour AEF), j'ai l'impression qu'on me fait un cadeau. Ils vivent chez nous et savent ce que l'on ne sait pas. Un chinois qui m'explique la chine , il me raconte la Chine pour que la française que je suis comprenne ce que je n'avais pas compris. Il ne suffit pas de parler chinois pour faire cela. Un des projets sur lesquels on travaille, c'est d'avoir une émission des rédacteurs en chef qui racontent en français leur actualité de la semaine.

Un autre truc incroyable, ce sont nos correspondants. Notre correspondant qui est en prison et que je suis allée voir, voulait montrer qu'il était super bon. Il allait couvrir quand les rebelles l'appellent, il y va pour montrer à RFI qu'il est digne de faire partie des correspondants. C'est le seul qui ose y aller, il se fait attraper, c'est le seul que l'on accuse d'être terroriste. Il le fait, car il a une telle idée d'être correspondant de RFI, ça lui donne un statu, tout le monde s'est mobilisé pour lui.

Ca me faisait un peu peur le coté franço-français, moi j'ai vécu en multilatéral (à TV5), je trouve que l'on gagne toujours à se décentrer, il ne faut pas que l'on tourne en rond entre soi. À TV5, il y avait toujours un Québécois, un Suisse, un Belge, un Africain pour me dire "oh oh oh, les français, là..." (elle fait le signe avec la main pour dire qu'il faut se rabaisser).

Et bien, là aussi (à AEF), il y a 44 nationalités et quand on a fait les débats avec les arabophones, les francophones et les anglophones de France 24. On s'est écharpés sur le rôle des journalistes, parce qu’un des francophones a cité Godard qui serait son maitre quand il a dit "la démocratie, ce n'est pas de donner 5 minutes de temps de parole aux nazis et 5 minutes de paroles aux juifs, c'est de virer d'abord les nazis et de parler ensuite". Tous les Français ont applaudit, les anglophones étaient en suspens en disant que "notre rôle ce n'est pas de défendre la démocratie, mais de dire les faits". Il y a eu un énorme débat là dessus. Ca a viré sur les valeurs, et j'ai demandé que l'on me traduise laïcité en anglais et en arabe et personne ne pouvais y arrive, ça n'existe pas. Les Anglais disaient sécularisation et les Arabes disaient athéisme, et j'ai dit non ce n'est pas cela. Parce que négationnisme, révisionnisme, ça ne se dit pas pareil non plus. Il peut y avoir des ambigüités. Il ya plein de mots, des concepts. Nous sommes des médias d'idée aussi. On a donc décidé que l'on ferait une charte des valeurs et des mots dans les 14 langues"

Au sujet de "la voix de la France", Marie Christine Saragosse, affirme : "je n'ai jamais eu un coup de fil de qui que ce soit pour me demander quoi que ce soit. Je ne suis pas directrice des rédactions, je ne sais pas ce qui s'y passe, je n'ai pas ma carte de presse. Autant sur des valeurs, sur engagements, sur des concepts, notamment égalité homme-femme ou la laïcité, je peux revendiquer, car c'est presque éthique et c'est même personnel, mais ce n'est pas moi qui fait les conducteurs des journaux, ce n'est pas moi qui interdit un truc ou l'impose.

Évidemment, quand je dis aux journalistes : écoutez, c'est la journée de lutte contre les mutilations sexuelles, on va quand même faire un truc, c'est tout ce que je dis. Il y a des femmes et des hommes qui n'ont pas besoin de moi et qui le font.

On doit parler de RFI, mais aussi de Monte-Carlo Doualiya qui parle arabe. France 24 parle aussi arabe et toutes les nationalités arabophones sont présentes. Ils font un travail de fonds.

Monte-Carlo Doualiya est la chaîne de la modernité des arabophones qui ont envie d'avoir une chaîne libre, laïque. Ils revendiquent leur laïcité sur Monte-Carlo Doualiya. Évidemment, on ne peut pas l'avoir ici en France, car elle est interdite de séjour, car elle n'est pas en Français. C'est d'ailleurs bizarre. Elle est présente sur le net, mais il faut créer de la notoriété et c'est plus facile en FM. On a demandé une fréquence temporaire sur Marseille. Les arabophones qui ont fait le choix de la France dans les deux rédactions. On est certainement mal vu dans certains pays. Monte-Carlo Doualiya pour les femmes, "elles n'y vont pas avec le dos de la cuillère" nos vedettes.

On aimerait pouvoir être diffusé en Égypte. Une fréquence au Caire, "ça aurait de l'allure", ça serait génial d'être là, je pense que c'est l'intérêt de la démocratie. Un émetteur FM coute entre 30 et 50.000 euros auquel il faut rajouter le cout de location que l'on fait à un état, ce que l'on est en train de négocier. Ils nous demandent actuellement un million d'euros.

Sur le budget de fonctionnement, il faut que l'on fasse trois choses en laissant les contenus de côté, car il est déjà excellent et doit rester excellent.

En terme de distribution : en utilisant la télé et la radio "à la papa" et les nouveaux médias. Il y a des endroits où on est là, c'est bien, il y a une histoire. On est généralement fort dans les zones traditionnelles de la France. RFI en Afrique francophone. Monte-Carlo Doualiya dans la zone Proche Orient. France 24 en Afrique francophone, au Maghreb, au proche orient en arabe, d'ailleurs ça marche très très bien grâce au satellite.

La concurrence évolue tout le temps, les technologies évoluent, si demain tout le monde passe en HD et que l'on ne le fait pas, "on est mort", c'est aussi le cas pour TV5 Monde.

Il s'agit de consolider et ne pas se laisser déstabiliser. Il faut être en veille, être toujours les premiers, faire savoir communiquer, faire du marketing, exister.

Il y a aussi des zones où on doit se développer. Typiquement l'Afrique de l'Est. France 24 en Anglais y est, RFI en anglais, en swahilie et en français y est, mais on n'a pas une notoriété suffisante.

(À la question qu'est-ce qu'apporte RFI par rapport à la BBC) RFI devrait revendiquer qu'elle a une approche panafricaine que n'a pas nécessairement le cas de la BBC qui est plus anglais dans les pays anglophones. Nous couvrons l'actualité anglophone et francophone. RFI parle swahilie, elle a une rédaction à Dar es-Salaam. Elle a des atouts. Mais on doit faire connaitre. Il y a des partenariats à monter. Dans ces zones, on a défini une stratégie pays par pays dans ces zones. Cela concerne aussi France 24 en anglais et TV5 Monde qui a du sous-titrage en anglais en Afrique et qui subit le même défaut de notoriété.

Pour créer de l'audience, il faut d'abord avoir de la notoriété. On doit y aller tous ensemble pour faire parler de nous et pour exister, pour que les gens nous repèrent et qu'ensuite ils y viennent nous retrouver parce qu'ils ont confiance dans nos contenus. Je sais qu'ils sont excellents.

Consolidation, développement et donc conquête. On n'est pas en Asie, on est au Cambodge où on a un excellent réseau d'émetteurs FM depuis... toujours. On va doubler les temps de production en cambodgien, on va faire du 24 heures avec une conduite d'antenne dans ce pays an cambodgien en mélangeant khmer, français, musique.

On a 300.000 auditeurs cumulés et on a un potentiel pour faire un million avec RFI donc on va y aller.

On a 42 départs pour RFI. On jongle entre les signaux en Français, les autres langues et la musique qui est une chose extraordinaire sur RFI.

On a toute une palette d'outil qu'il faut activer.

Dans la zone de conquête, il faut être physiquement présent.  Si on n'est pas diffusé, on n'est pas être regardé ou écouté. On a donc une stratégie de distribution que l'on doit faire avec TV5 Monde.

RFI ne sera pas recentrée sur l'Afrique même si c'est le continent de demain qu'il ne faut pas lâcher prise et puis c'est tout un continent et ils sont plus avancés dans les nouvelles technologies que nous en Afrique anglophone.

Il y a 440 radios partenaires de RFI en Amérique Latine, d'ailleurs je veux que TV5 Monde travaille avec nous dans ce partenariat pour qu'ils reprennent des infos. On est en train de faire une plateforme "révolutionnaire" où l'on aura une banque de reprise de programmes de RFI, numérique, accessible par toutes les radios partenaires, et du coup on saura ce qui est repris, on aura plus de finesse pour savoir ce qui est repris, quelle radio, etc. Il y a énormément de partenariats que l'on ignore. Le site de RFI est repris par beaucoup de médias africains qui le dupliquent et du coup ça nous fait baisser dans le référencement Google. On doit le savoir et pouvoir le gérer.

Par contre, la question qu'on c'est posé avec France 24, qui n'émet pas en espagnol : est-ce que l'on va en Amérique Latine et faire des efforts pour y être, avec TV5 Monde qui a un bureau à Panama. J'évite de rêver à des choses qui peuvent faire mal. J'ai un plan, mais je ne peux pas en parler aujourd'hui, mais je pense que l'on peut faire un décrochage en espagnol et alors ça vaudrait le coup de tenter de s'implanter en Amérique latine, mais il faut ce décrochage. J'ai une piste, mais il faut je vois si elle est faisable à budget inchangé. L'espagnol est une langue importante, prévue dès le départ. Ou on a des moyens supplémentaires, ou on trouve des moyens à budget constants, mais il n'y pas question de "déshabiller Pierre pour jacques".

On va avoir un séminaire avec TV5 monde qui y a trois bureaux, Los Angeles, un à Panama et un à Hong Kong pour aller ensemble en front uni. Par exemple Hong Kong peut nous aider en anglais, dans le basique, en français en optionnel avec éventuellement des recettes de distributions et une commercialisation toujours coordonnée avec TV5 Monde pour éviter de se concurrencer ou de mettre en péril les recettes d'une entreprise par l'autre.

Les deux vecteurs arabophones que nous avons sont des atouts maitres. La France a une familiarité avec sa propre population avec l'autre rive de la méditerranée, il y a beaucoup d'arabophones en France. Dans ses gènes, il y a toutes les nationalités avec des gens qui sont porteurs d'une double culture. Le monde arabe a trouvé avec France 24 la chaîne de la modernité, de l'universalisme et de la liberté.  C'est pour cela que l'on passe devant Al Jazeera en Tunisie, on double l'audience au Maroc, on est la seconde chaîne d'information de référence en Algérie. Nous avons communiqué ces chiffres, mais le rapport de la cour de compte a "écrabouillé" nos résultats et les médias n'en on pas parlé (je plaisante !).

Il y a une diaspora de 7 millions d'arabophones aux USA, autant en Amérique Latine, plus encore en Europe, et moins en Asie. Je pense que nous, franço-arabophones, si c'est la voix de la France, c'est la France d'Aragon "Ouvre comme une paume aux souffles de la mer pour que l’oiseau du large y vienne et se confie", la France qui a ces gens sur son territoire et qui a une légitimité à parler.

Quand je parle à des Tunisiens de Tunisie, ils me disent : on voit Taoufik qui fait le débat, on sait qu'il est tunisien, mais il parle depuis Paris. Je n'osais pas dire qu'il parlait depuis Paris, j'avais une sorte de pudeur à ne pas le dire. Les arabophones et anglophones nous disent qu'ils le revendiquent parce que c'est signe de liberté et Paris a un poids culturel que d'autres n'ont pas et c'est à nous de prendre en main la modernité arabophone à travers nos chaînes.

En Europe, on a moins de problèmes de distribution, pas de problèmes d'éviction, pas de problème de pénétration du marché, et on a plus de problèmes de notoriété. On est en zone de développement, c'est à dire, que quand on est en zone de conquête, il faut développer sa distribution pour se rendre accessible, quand on est en zone de développement, c'est sa notoriété qu'on doit développer parce que l'on y est et il faut se faire connaitre. Et quand on a fait cela, on peut être en zone de consolidation, car vous faites partie du paysage.

En Europe, on est en zone de développement. Si on peut faire des choses avec TV5 Monde, on le fera volontiers. Une chose m'a frappée : il y a 12 langues de sous-titrage à TV5 Monde, 12 langues étrangères à RFI. Six sont identiques sur les deux médias. Sur ces langues, on doit faire de la promotion croisée. Par exemple, dire en Amérique latine que l'on a TV5 sous-titré en espagnol sur ce satellite, mais on trouve aussi RFI sur le même satellite. Pareil pour le roumain, le vietnamien.

Avant, il n'y avait pas de malveillance entre les personnes qui s'occupaient de la distribution de TV5 Monde et ceux qui s'occupaient de France 24, il y avait plutôt de l'indifférence. Sous ma direction, TV5 a accru de 35% ses réseaux, ces recettes et ses foyers. Il faut rappeler que France 24  n'a que six ans et TV5 vingt-neuf.

Le marché international, ce n'est pas comme en France où l'Etat peut préempter une fréquence. Ça met des années à réussir. La jeune chaîne France 24 avait besoin de construire son réseau.

Là où il y avait danger, c'est si on n'a pas la même stratégie. Par exemple aux États-Unis où TV5 Monde est dans la logique du marché américain payant avec des recettes. Donc elle est dans 360.000 foyers environ. France 24 arrive en anglais et elle essaie d'être le plus largement diffusée puisqu'elle parle la langue des gens et n'a donc pas une stratégie payante. Ça peut donc rentrer en contradiction si on ne se coordonne pas. Il faut donc être cohérents dans nos stratégies pour ne pas permettre au marché de décider pour nous où on est, combien on est rémunéré, si on l'est plus. 

Sur le bureau de Hong Kong, il y avait un accord que j'avais passé avec l'ensemble des partenaires de TV5 Monde pour distribuer France 24 en Asie. Cet accord a duré 18 mois et est tombé en fin 2010 et pour des raisons que j'ignore, il n'a jamais pu être renouvelé alors le conseil d'administration de TV5 avait délibéré pour son renouvellement. Avoir à Hong Kong, en économisant des frais de transport assez lourds, des frais d'entreposage de notre matériel promotionnel et la possibilité que TV5 nous représente sur des marchés sans que l'on ait à faire le déplacement et la connaissance du terrain acquise depuis 10 ans par TV5 Monde, ça mériterait de relancer l'accord en le ciblant sur un certain nombre de pays.

Il faut être lucide, on ne pourra pas rentrer en Chine si on n'a pas de corrélations politiques, on se heurte à un protectionnisme. TV5 Monde a eu une autorisation en 2002 ou 2003 comme la NHK et la BBC. Au Japon, c'est un protectionnisme économique. Il faut donc aller là où l'on peut.

On va peut-être arrêter et faire des nouveaux médias. Les nouveaux médias, ce n'est pas substitutif. 80% des images se regardent toujours sur un téléviseur "à la papa", la radio s'écoute toujours de manière dominante sur des transistors. 45% de l'audience de RFI se fait en Ondes courtes. Il ne faut pas lâcher ce qui existe, c'est le plus sur moyen de se planter et de rendre vain l'investissement fait pendant 80 pour RFI. Il ne faut pas calculer en instantané. On a un héritage de 80 ans et le futur et il faut prendre les bonnes décisions. Il y a des économies qui coutent plus cher qu'elles ne rapportent.

Par exemple, si on fermait m'émetteur Ondes moyennes de Chypre, il n'y aurait aucune économie, car il est autofinancé, car on le partage avec les évangélistes.

Mais il y a aussi les nouveaux médias. Notre impérieux directeur des nouveaux médias nous a dit que l'on pouvait tripler notre audience en trois ans. Les nouveaux médias, c'est du plus.

Par exemple, une application puremédia en arabe avec Monte-Carlo Doualiya et France 24 en arabe à destination de la diaspora arabe dans le monde, si on a un budget marketing, sinon ça tombe dans les 25 milliards de "trucs", et si on cible un peu, ça a du sens.

Pour les élections iraniennes, les "observateurs de France 24" se sont rapprochés du service persan de RFI et on est en train de faire une appli spéciale élection iranienne en persan et on va parler aux Iraniens.

Et cela avec toute liberté : je n'ai jamais eu un coup de film du Quai d'Orsay pour me dire ou ne pas dire ou ne pas faire. Un chef d'état africain m'a appelée pour dire que ce qui était dit était injuste. On applique les règles de déontologies de l'ensemble des médias français, on donne un droit de réponse.

Les coups de fil que j'ai eu à gérer depuis que je suis à AEF, c'est pendant la prise d'otage en Algérie. Quand un otage français, qui a été tué ensuite dans l'assaut, nous a appelés alors que c'est un terroriste qui lui avait passé son portable et qu'il faisait appeler France 24. Moment terrible et quand on a appris qu'il était mort, c'était même horrible. On a décidé de ne pas passer, car on savait qu'il n'était pas libre de dire ce qu'il disait, il parlait sous la contrainte. On n'a passé que 15 secondes dont on pouvait penser que globalement, il pouvait le dire. On n'a pas laissé faire. Quand le bras droit du chef des terroristes nous a appelés pour faire une déclaration en arabe, on ne l'a pas passé. On a tapé le texte à l'écran et on n'a pas laissé sa voix et nos journalistes ont parlé. Coup de fil détestable et fondateur en même temps. On est des chaînes de service public"

Interrogée sur la liberté d'expression des rédactions par rapport aux problèmes politiques ou financiers, Marie Christine Saragosse évoque le Mali où, en effet, ses rédactions pourraient sans problème enquêter sur d'éventuelles corruptions suite à l'intervention française dans ce pays.

"Je ne m'ingère pas avec les rédactions, je ne veux pas être en situation de dire à un journaliste ce qu'il a a faire, je trouve cela malsain. On peut discuter. S'ils font un reportage et que je ne suis pas d'accord, je vais leur dire. Par exemple, l'autre fois, il y avait un reportage sur les violences faites aux femmes et il n'y avait que des hommes qui en parlaient sur le plateau. Je fais alors remarquer humblement que parfois la première violence est de nier l'existence même des femmes et qu'il serait bien que quand on parle de cela, il y ait des femmes, je le dis aux journalistes. Mais je ne vais pas lui dire de faire un sujet sur la violence faite aux femmes. Je peux réagir, mais je ne demande pas. Je peux interroger et parler avec les patrons de chaînes sur des sujets qu'ils pourraient traiter. Je ne veux pas être en situation d'être donneur de leçon. Je voulais être journaliste quand j'étais jeune et je ne l'ai pas été. Je sais que j'ai choisi une autre voie et j'évite de faire des confusions de casquettes"

Interrogée sur le nombre de femmes à la direction d'une chaîne publique, elle rappelle qu'il y a parité : Jean Luc Hees, Remy Pflimlin, Véronique Cayla et elle même.

"Concernant les audiences, je sais qu'il y des polémiques autour des chiffres, j'avais les mêmes à TV5 Monde. Il n'y a pas 50 possibilités d'avoir une audience internationale. On le fait avec BBC, VOA, DW, on essaie de mutualiser les mesures : Magheboscope, Africoscope sont faits avec TV5 Monde, France 24 et RFI. Quand on fait une mesure sur une ville, on peut extrapoler sur une autre ville d'un même pays.

Dans l'ensemble, ça donne 45 millions de téléspectateurs différents en audience cumulée hebdomadaire (qui ont été au moins une fois pendant au moins une minute dans une semaine) pour France 24, toutes langues confondues. 40 millions pour RFI, c'est la plus grande radio française. 7.9 millions pour MCD. Tout cela en linéaire.

On a fait 25 millions de visites dont 10 sur RFI 15 sur France 24 en janvier selon TNS Sofres.

J'ai une interrogation sur la sous-évaluation des chiffres dans certains endroits. Par exemple, TV5 Monde aux USA, 360.000 foyers qui paient ce qui donne plus d'un million de téléspectateurs avec des gens qui se réabonnent à 99.3% et qui paient, qui sont majoritairement anglophones. Je suis sûr que si je fais une mesure d'audience, je les rate. Ce sont des élites intellectuelles et c'est essentiel.

Je trouve que l'on a trop ramené à des mesures quantitatives des missions qui vont un peu plus loin.

Par exemple, le fait que tous des chefs d'états africains qui m'appellent. Tous les chefs d'état africains vivent en perfusion avec RFI et France 24. Ils ont l'écran dans le bureau et partout RFI. Ça vaut quelque chose qui n'est pas mesuré dans les audiences.

Ça compte, c'est de l'influence.

Pareil pour le monde arabe. France 24 en arabe est rentrée chez les élites. Quand je vais à Dakar pour la réunion des CSA francophones des différents pays, ils me disent que France 24 en arabe, c'est essentiel. On a beaucoup réfléchi à cela, on a envie de vous en parler et derrière je signe un accord avec le premier ministre libanais pour une reprise de France 24 en arabe sur Télé Liban. Il y a une attente qui n'est pas mesurable par une audience quantitative seulement.

On a un gros travail d'apprentissage du français que j'ai déjà mené à TV5 Monde et RFI est complémentaire dans les zones où il n'y a pas la télévision, les instituteurs n'ont rien et il faut maintenir la francophonie. Il y a un savoir formidable en matière d'apprentissage du français sur TV5 Monde et RFI. RFI qui bénéficie de l'interface dans les 12 langues étrangères. On travaille avec les Alliances françaises, où on est diffusés. J'ai un accord avec l'Institut français. On l'avait à TV5 et je l'ai repris à AEF. On a des opérations communes avec TV5 Monde.

La mobilité est la grande révolution, encore plus pour la radio que pour la télévision. On ne va pas la rater celle-là ! Les multi-écrans, les multi-usages, il faut associer partout les réseaux sociaux et le participatif en ayant toujours un rôle référant et ne jamais se perdre, perdre son âme. Ce n'est pas une si grosse économie que l'on croit, car ce n'est pas subsitutif. Ce que l'on économise en couts de transport, il faut le mettre en marketing. C'est un axe fondamental et qui va permettre de cible des diasporas en plus. On a plein de projets là dessus.

En avril 2013, on va lancer le site arabe le plus moderne du monde avec MCD. Il y aura des sites français,  des sites africains, américains, etc. "Work in progress". Sur le non linéaire, on a une plateforme géniale qui va être mise en place comme celle pour les radios partenaires de RFI avec un système multimédia des contenus qui s'appelle MAM. On a plein d'applis qui vont arriver, dont une en persan. Et puis surtout on doit se remettre à la pointe de l'innovation et être de nouveau référant. Des applis verticales, les applis pure-medias, la refonte de l'ensemble des sites.

En linéaire, l'enjeu c'est la HD en distribution, car ça coute cher. C'est 2.5 fois la SD, 10 millions pour le cout de diffusion et le renouvellement des équipements. On ne l'a pas dans le budget. On pourrait être évincé si on ne peut pas le faire. On discute avec l'état sur ce sujet. Il faudrait provisionner ce budget.

Et puis il y a la TNT. 2015-2020, ça va basculer en Afrique, il est très important d'y être, car c'est la gratuité alors qu'il faut payer pour nous recevoir sur ce continent (sauf si on a de très grandes paraboles). On a déjà des demandes.

Concernant la TNT en France, je pense que pour l'ensemble des médias de l'audiovisuel mondial, dans le monde, il y a France aussi. Donc le territoire national n'est pas interdit de séjours. RFI est présente en Ile de France, pas autre part. MCD est une voie de liberté que l'on n’entend pas en France et c'est bien dommage. France 24 est la seule chaîne de service public d'infos continue. Je comprends qu'elle ne soit pas 24h sur 24 sur la TNT pour des raisons budgétaires, encore que... Mais qu'elle n'ait pas une fenêtre au même titre qu'Euronews sur France 3, c'est embêtant. Rémy Pflimlin s'est montré très réticent dans un entretien accordé aux Echos en ne voyant pas ce que cela viendrait faire sur ses antennes. De plus, il a rappelé qu'il a une reforme à faire et un nouveau COM à négocier.

Quand je suis arrivée, il y avait un accord qui faisait que France 24 devait payer pour être diffusée sur Numéro 23. J'ai dit Non. C'est un immense cadeau que l'on vienne. Ce sera gratuit et on sera rémunéré. Pascal Ouzelot, le patron de cette chaîne a proposé de partager à 50% les recettes de la tranche qui pourrait durer 3h30. France 24 a besoin d'une fenêtre sur la TNT et ce serait légitime. Ça serait parfait sur France Télévisions, c'est aussi possible si c'est sur une chaîne privée qui nous rémunère et qui n'a pas de programmes contraires à notre ADN. C'est à l'Etat et à la tutelle de choisir. Pour le gouvernement, la position est que l'on est une chaîne publique et que l'on doit aller sur une chaîne publique, ce que je comprends"

Interrogée sur le fait qu'il y a un appel d'offre sur l'Ile de France pour une nouvelle chaîne locale : "ça couterait en gros 2 millions d'euros et je devrais choisir entre être présents au Caire et cela".

"J'ai passé pas mal de temps avec les élus de RFI. Je les ai écoutés. Je prends très au sérieux ce qu'ils disent, souvent avec justesse. J'ai beaucoup écouté et appris des élus et de leurs experts. Les murs, on ne peut pas les repousser plus, mais on est loin du 19ème siècle comme conditions de travail. On a amélioré. Il y a un respect du son, un amour du son qui n'avait pas été suffisamment été pris en compte. Maintenant, on a une acoustique formidable, y compris sur les cabines d'insert, essentielles pour la radio. On a aussi prévu des lieux d'intimités pour éviter de travailler tout le temps au casque. On a donc beaucoup amélioré avec les élus et leurs experts et la direction. Tout le monde s'y est mis. Il y a encore des problèmes de téléphonie qui devraient être réglés prochainement, des problèmes de climatisation et d'humidificateurs que l'on a rajoutés partout. Quand on déménage, il y a toujours des problèmes. Le gros problème était que cette radio de 80 ans allait être dissoute et qu'elle allait perdre son âme. La fusion des rédactions faisait croire que l'on allait perdre de notre identité.

Je n'avance pas par rapport au passé. Je suis mon mode et je ne suis pas les modes comme disait Gide. Il ne faut pas amoindrir les identités qui vont chercher l'audience et la notoriété. J'ai intérêt à faire différemment sur RFI, France 24 et MCD.

Je n'ai pas trouvé les économies prévues. En terme éditorial, je ne voyais pas l'intérêt des fusions. Sur la fusion juridique, l'état a pris une décision que j'ai acceptée. Je pense que ce n'est pas idiot. J'aime bien le modèle Radio France. Il évite les doublons quand il ne s'agit pas de contenus, ne pas envoyer plusieurs personnes sur les mêmes terrains, en terme de distribution. Cela ne touche évidemment pas les reportages et les contenus.

Je renégocie le COM la semaine prochaine et on devrait signer en juin 2013. On est très responsables, on a refait un budget à base zéro, au premier euro, avec d'abord les contenus et la qualité éditoriale comme première dépense fondatrice du reste. Ce n'est pas la peine d'avoir des réseaux si on n'a rien à dire. J'ai mis deux millions d'euros sur les frais de structures, les salaires, dont le mien et celui du directeur général. On fait une projection sur nos recettes propres, volontariste et raisonnable, et on s'aider nous même.

Notre projet, la façon dont on peut prendre notre déploiement par meilleure organisation et puis, on va demander à l'état de nous accompagner sur les trois ans.

On a un budget de moins 14 millions d'euros par rapport à 2012 (-5.5%) sans dotations exceptionnelle.

Rédacteur : Serge Surpin

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