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Serge Moatti, l'homme aux 400 images

Info postée le 23-04-2012 à 19:01

Entretien avec Serge Moatti par le site Le Pariser

Serge Moatti a un grand bureau- un joli bordel généreux comme lui, empli de livres, de lampes chinées aux puces-son grand “kiff” et d’affiches coloniales, de cette Tunisie où il aime retourner et s’asseoir face à la mer et ne rien faire.

Et là, sur le mur, trois petites photos où l’on reconnait Antoine Doisnel dans les 400 coups de Truffaut. “Je suis derrière lui” me dit-il. A l’époque, il était figurant. Aujourd’hui il est un des réalisateurs les plus prolixe de sa génération, avec une nette préférence pour la politique dans laquelle il est tombé petit, le faire part publié dans la journal de Tunis où son père était journaliste en témoignant “Le groupe socialiste est heureux de vous faire part de la naissance…”.

Pour autant ce sexagénaire qui se décrit monomaniaque a ses entrées dans tous les partis politiques comme en ce 22 avril où il était avec Marine Le Pen, en coulisse, ayant compris mieux que quiconque que l’immersion est la clé des reportages qui restent, n’excluant pas d’y amener de la poésie.

Après s’être enquis de trouver “une jeune stagiaire pour apporter café et thé”, l’entretien commence face au canapé où il sait déjà qu’il passera la nuit du 6 mai pour finir un 90 minutes pour France 3, une histoire de la présidentielle-“un travail de forban qui me passionne”qui sera diffusé dès le lendemain à 20 h30. Le fruit d’un an et demi de travail…

Comment avez vous passé cette soirée du premier tour?

Nous étions cinq équipes et moi j’étais avec Marine Le Pen, depuis 16 heures; c’est ça qu’il faut faire. On a fini vers 1 heure du matin car, après, il y a les “after”. On parle avec les gens. Le on, le “off”? Je le sens si cela est ” off” ou qu’ils ne veulent pas être filmés. J’en suis quand même à ma quatrième campagne! Ostensiblement, je bouge alors ma caméra et je la fais piquer un peu; lorsqu’ils me regardent à nouveau, alors je reviens et je filme à nouveau. C’est une chorégraphie subtile entre empathie et distance, être avec sans être complice. C’est tout un jeu et vraiment ce serait être totalement insensible que de ne pas se rendre compte qu’il y a des moments où il faut être en retrait.

Pourquoi avez vous choisi d’être justement vous même à la soirée du Front National?

D’abord car je les connais depuis longtemps- j’étais la seule caméra en 2002 à être dans le bureau de Jean Marie Le Pen lorsqu’il a été qualifié pour le second tour! Les rapports continuent à être cordiaux loin de cette diabolisation qui est, au passage,  de l’ordre du  métaphysique. Je trouve cela enfantin: c’est trop facile, même si l’on est pas d’accord avec eux, ce sont avant tout des gens! Comme ils ne sont pas dans un parti de pouvoir, ils sont en plus moins barricadés que d’autres. Aussi j’arrive à filmer là-bas des choses qui sont rares.

Vous étiez donc aux côtés de Marine Le Pen lorsqu’elle a su le score historique qu’elle faisait?

Oui, de 16 % jusqu’à même 21%, j’ai toutes les évolutions de cela. Alors parfois on manque de recul, parfois je m’entend dire des conneries mais pour le montage on fait au fur et à mesure, en rajoutant des choses à chaque fois. Je suis très fier de cette équipe qui s’est constitué à l’époque de mon émission Ripostes- des jeunes qui sont malins et savent tous filmer eux mêmes, c’est très important.

Que pensez vous de la couverture de la soirée par les chaines d’info continue? Ces longs travellings pas forcément très intéressants de voitures de candidats roulant sous la pluie?

Je trouve que ça a quelque chose de fascinant et d’hypnotisant. Le plan ne s’arrête jamais, on ne voit rien. Ça me rappelle le programme “Interludes” que je regardais entre deux programmes quand j’étais petit. On croit qu’il va se passer quelque chose mais il n’y a que du vide. La tension née de la lenteur…Je n’ai pas de jugement; en fait je ne vois pas comment ils peuvent faire autrement!

Par rapport à cela, vous trouvez que Le Petit Journal sur Canal Plus a apporté de la fraîcheur?

Oui, les effets de sens nés de la dérision et une excellente observation des choses, c’est bien que cela existe. Imaginez un monde avec uniquement des chaines d’informations continues! Mais j’imagine un autre cauchemar, c’est que tout soit sous l’angle de la dérision…

Que pensez vous d’internet?

On avait annoncé une révolution, je ne l’ai pas vraiment vu d’autant que ce n’est jamais le bon chiffre-16 % pour Le Pen, Sarkozy qui est même passé en tête à un moment; on a filmé tout ça, l’affolement dans les états majors. Tout cela est un peu fictif.

Et après?

Vous savez quand on est trop dedans, comme je le suis en ce moment, il y a toujours une mélancolie amoureuse à la fin. Après on va se sentir se sentir très vide. J’ai fait beaucoup de cinéma et après chaque film, j’ai eu des dépressions terribles…J’ai du mal à être sur autre chose; je n’ai pas vu un film depuis des mois-même pas The Artist ou Intouchables. Non, je ne pense qu’à ça. Cette nuit, j’ai mal dormi.

A vous écouter, c’est comme une maîtresse…

En tous cas, c’est comme une valse qui vous entraine, un sentiment de vertige, de passion forte et pour moi qui vient de la fiction, c’est très romanesque. Je ne me revendique pas comme journaliste. Ce qui m’intéresse, c’est la métaphore, la trace que cela va laisser. Je ne cherche pas le scoop, d’autant qu’il est désormais éventé dans la seconde. Non, ce que j’aime, c’est la vérité qui se révèle devant ma caméra à 24 images/seconde. Quelque chose de l’ordre de l’intemporalité humaine. Ainsi, je serre (la mise au poing) volontiers sur les yeux. J’aime  lorsque les vrais personnes deviennent des personnages et que les comédiens deviennent des vraies personnes. D’ailleurs à chaque fois que je fais un documentaire, je me dis à quelle fiction cela ferait…et vice et versa.Parfois, c’est des toutes petites choses comme filmer et avec l’autre oeil vous regardez celui que vous interviewez.

Vous m’avez dit sortir un livre bientôt?

Oui, chez Flammarion. Au départ l’idée était d’écrire sur la présidentielle et puis c’est devenu sur moi…Mais j’ai peur de rabâcher!

Je lui demande alors d’où vient cette attirance pour la politique. “Vous avez le temps?” me répond-t’il. Alors, nous voilà à Tunis où il est né, avec ce père, un héros, résistant,  déporté, militant socialiste dont il a pris le prénom à sa mort lorsqu’en Henri de son vrai prénom avait onze ans. “J’ai eu alors l’impression de naître une seconde fois” me dit-il, “prenant tout, le socialisme, le poids (il me montre son tour de taille), le prénom, tout ça,  dans un paquet cadeau d’orphelinat.”

Etre à gauche? C’était comme pour d’autres être rouquin- une évidence. Ce qui d’ailleurs empêche des vrais débats internes mais cela fait depuis trente ans que je n’ai plus ma carte! Pendant treize années où j’ai fait des émissions politiques, on ne s’est jamais plaint. Mais c’est évident que mes réflexes naturels, c’est une certaine émotion, une certaine révolte devant ce que je considère comme l’injustice métaphysique. Je suis bouleversé par l’inégalité des destins. Je suis toujours resté une sorte d’orphelin dans une cour de lycée qui se dit “je ne vais jamais en sortir, où sont mes parents”.

Il y aura donc toujours comme dirait Jean Anouilh un chien abandonné quelque part qui vous empêchera d’être parfaitement heureux?

Oui, surtout lorsque ce chien c’est vous et qu’il a cette gueule…Je m’identifie toujours au faible, à celui qui perd! C’est d’ailleurs pour cela que j’ai quitté le Parti socialiste en 1981; comme tout le monde l’était devenu…, je ne pouvais pas y rester! Je n ‘aime pas être majoritaire, la fierté des conquérants. De toutes les façons mon étiquette de gauche, je l’ai à tous jamais; je ferai un film sur les insectes, on me dirait voilà un film de gauche sur les insectes! Cela n’a pourtant pas de sens !

Et le cinéma?

Celui que je ne fais pas vous voulez dire? Le cinéma, c’est sacré. C’est ce que j’ai merdé, par trouille. J’ai mis cela tellement sur un piédestal. J’ai fait un long métrage à 26 ans qui a été un succès critique et un bide commercial. Mais j’étais trop en écriture automatique. Aujourd’hui j’irai plus simplement au fait. Mais,  j’ai des envies, une passion pour les acteurs mais pas de scénario.

Le cinéma, voilà donc le rêve de Serge Moatti. Et que personne ne lui a jamais proposé, lui qui aime à dire qu’il a toujours dû “tout arracher avec les dents“. Et qu’il aurait adoré être héritier. Nul doute que nous y aurions perdu quelque chose…

Le Pariser

Rédacteur : Serge Surpin

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