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Le rapport Kessler sur la RNT, la radio numérique terrestre

Info postée le 12-05-2011 à 12:13

Voici le rapport de David Kessler sur l'avenir de la radio numérique terrestre  remis au premier ministre

Télécharger ou lire ci-dessous

Mis en ligne par radio-numerique.fr/

 

1

La Radio Numérique Terrestre

18 Mars 2011

Par M. David KESSLER

Avec le concours de M. Arnaud ESQUERRE

2

La Radio Numérique Terrestre (RNT) est un projet qui suscite un enthousiasme, quasimilitant,notamment chez certains responsables associatifs qui n’est pas sans rappeler

l’enthousiasme des radios libres ou au contraire un fort scepticisme. Depuis que le projet

existe, les débats n’ont pas cessé. Mais, au lieu de diminuer et de laisser émerger une solution

consensuelle, ces débats ont, au contraire, fait apparaître des clivages de plus en plus forts et

des tensions de plus en plus importantes.

Les tensions se sont accrues au fur et à mesure que les études se sont multipliées, et

surtout alors que le lancement effectif de la RNT se précisait dans un contexte économique

qui, lui, se dégradait subitement et fortement.

Dans ce contexte, et suite au rapport notamment de M. Marc Tessier, ce nouveau

rapport ne vise pas à refondre les propositions et les évaluations, et à se substituer à toutes. Il

ne rappellera pas notamment les hypothèses financières sur lesquelles s’est fondé Marc

Tessier qui, si elles ont pu évoluer à la marge, compte tenu notamment des évolutions des

prévisions des diffuseurs, restent largement valables. Il a pour ambition, notamment au vu

des réactions à la note d’étape que nous avions élaborée, de synthétiser les enjeux actuels

alors que la situation ne cesse d’évoluer, de tirer les conséquences des débats et des tentatives

passées, et de proposer en tout état de cause de ne pas fermer la porte. C’est pourquoi, quel

que soit le choix, il semble nécessaire de créer une structure pérenne qui soit un outil

d’analyse, de pilotage et de dialogue sur le sujet.

Une erreur de raisonnement a probablement beaucoup contribué à rendre le

débat opaque, au lieu de l’éclaircir. Cette erreur réside dans le fait d’avoir conçu la RNT

en référence à la Télévision Numérique Terrestre (TNT), qui a été lancée en 2005, dont le

succès a été fulgurant et immédiat, si bien qu’il permettra le basculement complet de

l’analogique au numérique dès 2012 sur l’ensemble du territoire. Beaucoup d’acteurs ont

imaginé que la voie ouverte par la TNT serait celle suivie par la RNT. Or cette conception est

erronée pour trois raisons majeures.

La première est que l’offre audiovisuelle était encore en 2005 très largement dominée,

pour environ 75% des téléspectateurs, par cinq chaînes de télévision en clair (TF1, France 2,

France 3, France 5/ Arte et M6). Le passage à une vingtaine de chaînes gratuites était

évidemment très attractif. Or, comme ce point sera à nouveau évoqué ultérieurement, la

situation est tout à fait différente en radio : l’offre est l’une des plus riches qui existe au

monde, depuis que le paysage s’est ouvert au début des années 80. Même si l’offre n’est pas

égale dans toutes les régions, aucune d’entre elles – à quelques zones près - n’est dans la

situation où seulement cinq grandes radios domineraient l’offre.

La deuxième tient à la différence concernant les terminaux. Même si, dans les faits, la

TNT a été lancée en même temps qu’évoluaient considérablement les postes de télévisions

(écrans plats, HD, et actuellement 3D) entraînant un renouvellement des appareils plus rapide

qu’anticipé, la TNT était accessible sans changement du parc moyennant l’achat d’un simple

adaptateur à un prix modéré. La RNT nécessite au contraire un renouvellement du parc, alors

que les foyers sont multi équipés en terminaux de radio et que le marché est peu dynamique.

Sans doute, le lancement de la RNT peut-il redynamiser le marché avec une offre allant du

transistor simple, peu onéreux, au haut de gamme (avec écran en particulier) : il reste que nul

ne peut dire à ce stade à quel rythme ce renouvellement s’effectuerait. Les exemples étrangers

notamment britanniques - montrent une relative lenteur du taux de rééquipement et la

différence de situation avec les pays où celui-ci est plus rapide – la Corée, l’Australie- rend la

comparaison peut probante.

3

La troisième raison est que l’histoire de la télévision montre que celle-ci fonctionne

par « changements exclusifs » : une technologie en exclut une autre de manière rapide. La

télévision en couleur a exclu la télévision en noir et blanc. La télévision numérique est en

passe d’exclure la télévision analogique. Mais cette conception n’est pas celle de tous les

médias, loin s’en faut. Au contraire, ceux-ci vivent souvent ce que l’on pourrait appeler des

« changements cumulatifs ». Pendant une période plus ou moins longue, les technologies

coexistent, et le média est diffusé selon plusieurs technologies. Comme le rappelle Robert

Darnton à propos du livre, on oublie trop souvent que l’imprimé a coexisté longtemps avec le

manuscrit. De ce point de vue, l’histoire de la radio est à l’opposé de celle de la télévision : les

différentes formes de diffusion se cumulent et ne s’excluent pas. Cela ne signifie pas qu’à

plus ou moins long terme, certains modes de diffusion ne deviendront pas résiduels au point

de ne plus être en usage, comme l’imprimé s’est généralisé au point de marginaliser le

manuscrit. Mais cela signifie que l’on ne peut concevoir le lancement de la RNT en imaginant

l’extinction de tous les autres modes de diffusion, en particulier la FM. Car même

aujourd’hui, malgré le succès de la FM, les grandes ondes et les ondes moyennes sont

toujours des modes de diffusion utilisés et, pour ce qui concerne les grandes ondes, touchent

un nombre certes résiduel mais suffisamment important d’auditeurs pour que les radios

diffusant en grandes ondes n’arrêtent pas encore leurs émissions.

De fait, un examen attentif du lancement de la RNT dans d’autres pays européens

montre que c’est un scénario du type « changement cumulatif » qu’il faut envisager pour la

France. En effet, dans tous les pays européens où elle a été lancée, la RNT a été présentée

comme devant se substituer rapidement à l’analogique, et cela alors même que l’offre

analogique était moindre qu’en France, et que l’offre de la RNT semblait plus attractive et

plus riche que celle en analogique. Or si une partie des auditeurs adhèrent plus ou moins

rapidement à la RNT, une grande partie garde son mode d’écoute traditionnel, à l’exception

peut-être de pays comme la Norvège où l’extinction de l’analogique semble aujourd’hui

sérieusement envisagée. Cela conduit à des situations dans lesquelles les pouvoirs publics

fixent dans un premier temps des objectifs d’extinction de l’analogique puis, dans

l’impossibilité de pouvoir l’éteindre, suspendent ou décalent de plusieurs années cette

extinction. L’offre de radios étant particulièrement abondante en France, il apparaît

maintenant clairement que c’est le scénario qui se produira le plus probablement si la RNT

devait être lancée. Les responsables des radios, d’ailleurs, ne s’y trompent pas. Très peu

souhaitent l’arrêt rapide de la FM, et certains même ne l’envisagent pas du tout.

Cette analyse, qui n’était pas apparue aussi nettement lors des précédents travaux, et

qui ne se comprend vraiment qu’à l’aune des expériences étrangères qui ont eu lieu depuis,

amène deux conséquences dans l’hypothèse où la RNT serait lancée. La première est que les

pouvoirs publics ne doivent pas envisager un arrêt rapproché des modes de diffusion

analogique. Cette hypothèse d’une date d’arrêt peut apparaître – et nous a parfois été suggérée

comme – volontariste et donc souhaitable. Mais cela ne serait ni réaliste ni tenable. Il faut

noter que, dans le pays qui a le plus de recul en la matière, le Royaume-Uni, cette date ne

cesse d’être retardée. D’autre part, les radios ne manqueraient pas d’être inquiètes et de s’y

opposer, tandis que les auditeurs seraient sans doute beaucoup plus difficiles à convertir que

ne l’ont été les téléspectateurs. La deuxième conséquence est qu’il faut envisager pour les

radios une « double illumination », c’est-à-dire une coexistence de la FM et de la RNT, voire

des LO et OM, qui durera plus longtemps que les sept années de basculement de l’analogique

au numérique en télévision. C’est pourquoi la question économique dans le développement de

la RNT est centrale. Car celle-ci est un coût supplémentaire, qu’il faudra supporter pendant

plusieurs années, quels que soient ceux qui auront à le supporter.

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Nous rappellerons, maintenant, les positions des acteurs et les arguments en faveur et

en défaveur de la RNT. Ce rappel sera bref, car ces positions et ces arguments sont rendus

régulièrement publics, et sont donc bien connus des uns et des autres. Ce rappel est nécessaire

cependant pour nous conduire aux propositions conclusives.

1). Les avantages et les soutiens de la RNT.

Un premier argument en faveur de la RNT pourrait être qualifié d’« évolutionniste ».

Il part de l’idée que « l’évolution naturelle » serait qu’à l’analogique succède le numérique, et

que telle serait la marche du monde. La conséquence de cet argument évolutionniste est que si

la radio ne s’adaptait pas, elle serait exclue du monde (numérique) de demain. La radio

devrait changer pour survivre. En réalité, cet argument évolutionniste est souvent mal posé.

En effet, pour un grand nombre de radios, l’entrée dans le numérique a déjà eu lieu – mais sur

internet. Un grand nombre de radios ne sont donc nullement « en retard ». Elles sont même

souvent bien en avance par rapport à d’autres médias. Certaines ont été pionnières en matière

de blogs, puis dans le développement d’applications sur les produits hybrides multifonctions

(téléphones, tablettes). Nous avons dans notre rapport d’étape dit notre sensibilité aux

problèmes de libertés publiques que cette situation peut poser. Il n’en reste pas moins qu’elle

est déjà une réalité et qu’il appartient sur ce point aux autorités publiques d’opérer les

régulations et de prévoir les protections nécessaires.

Seule subsiste donc l’idée qu’une évolution de l’objet radiophonique permettrait de

dépasser l’archaïsme supposé du vieux transistor. Mais le taux d’équipement rappelé plus haut

et la progression de l’audience radio constatée un peu partout en Europe l’an dernier- dont on

reconnaîtra volontiers qu’il doit se confirmer pour infirmer l’idée d’un lent déclin de la radio -

montrent en tous cas qu’il faut relativiser cet argument. Il sera intéressant à cet égard

d’examiner l’évolution de l’audience dans les années qui viennent : si celle-ci s’érodait

lentement, sa modernisation s’imposerait très certainement. Si celle-ci reste globalement

stable, le doute sur les limites de l’analogique serait alors permis.

Le premier et le plus important des avantages de la RNT est de permettre une plus

grande offre de radios avec une couverture nationale. Il faut évidemment considérer le point

de vue qui doit rester le lieu ultime du jugement : l’intérêt de l’auditeur. Certes, une vision

« parisienne » déforme ce point de vue car l’abondance de l’offre sur la bande FM réduit

d’autant l’intérêt de la RNT. Mais les projections du CSA montrent que dans certaines zones

les auditeurs pourrait bénéficier d’un doublement voire d’un triplement de l’offre de

fréquences. Nous l’avons évoqué dans le rapport d’étape.

Cette extension de couverture explique que la plupart des radios associatives,

regroupées dans les fédérations CNRA et SNRL, à l’exception de celles dont le modèle est

fondé sur des diffusions très locales que la RNT n’autorise pas aujourd’hui, les radios

indépendantes regroupées dans le SIRTI, et la radio publique soient les plus favorables à la

RNT, sous réserve de sa faisabilité économique - nous y reviendrons.

En effet, les radios associatives voient dans la RNT l’occasion d’étendre un peu plus

leur bassin de diffusion. Les radios indépendantes, de leur côté, estiment, pour un grand

nombre, qu’elles auront le plus à gagner de la RNT, alors que la FM est arrivée à saturation.

Rappelons en effet qu’après les appels à candidatures qu’il est en train de lancer, le CSA ne

disposera plus d’aucune fréquence nouvelle en FM. Ces radios pourraient augmenter de

manière significative leur couverture, et pour certaines d’entre elles, envisager de passer de

régionale ou multi villes à une couverture quasi nationale, ou du moins sur une large partie du

territoire.

5

Quant à Radio France, l’extension de couverture correspond à son essence même de

service public. Par principe, la radio publique doit être accessible par l’ensemble de nos

concitoyens quel que soit l’endroit du territoire français où ceux-ci se trouvent, et de manière

égale, c’est-à-dire pour l’ensemble de l’offre. La RNT serait donc le moyen de réaliser cet

idéal et de permettre à tout le moins aux 7 radios du service public de bénéficier d’une

véritable couverture nationale alors que celle-ci ne concerne aujourd’hui que 3 de ces 7 radios

(France Inter, France Culture, France Musique).

Dans tous les cas, ces acteurs sont favorables à la RNT en partant du postulat qu’un

avantage sera donné aux offres existantes, et non pas que la RNT se fera en introduisant une

quantité importante de nouveaux acteurs, même si certains de ces éventuels acteurs se

positionnent dans cette perspective.

Les problèmes techniques soulevés par l’extension des couvertures sont doubles, l’un

étant lié à l’autre : premièrement la gestion des multiplexes, deuxièmement les zones de

décrochage. En effet, la grande majorité des radios associatives, et de nombreuses radios

régionales ou multi villes s’auto diffusent et, là encore à la différence de la télévision, n’ont

pas recours à un diffuseur. Or d’une part la multiplicité des radios amènerait à un grand

nombre de multiplexes, ce qui ne manque pas d’inquiéter les radios sur leur composition et les

processus de décisions les organisant. D’autre part, le coût des multiplexes conduit les radios

à ajuster probablement leurs zones de diffusion, et à réduire les décrochages locaux qui étaient

une source de revenus (peut-être compensée par l’extension de couverture). Certaines radios

associatives ont, pour leur part, imaginé un système mutualiste d’acquisition et de gestion de

multiplexe afin de continuer à s’auto diffuser. Dans tous les cas, la richesse du paysage

radiophonique français qu’il est fondamental de préserver doit être conciliée avec les

contraintes de la RNT, moins souple que la FM.

2). Les critiques de la RNT.

Le scepticisme des acteurs vis-à-vis de la RNT est fondé, lui, sur des raisons

économiques et technologiques.

Tout d’abord, les critiques de la RNT soulignent ensuite que la FM a déjà apporté une

explosion de l’offre, comme nous l’avons déjà souligné. Le marché radio, très diversifié, est

beaucoup plus éclaté que le marché TV, même depuis que la TNT existe. Si l’on compare les

leaders, TF1 pèse 23 à 24 % de part d’audience (PDA), tandis que RTL pèse un peu plus de

13% de PDA : le leader a une part d’audience presque deux fois moindre en radio. D’après

Médiamétrie, sur 97 villes sondées en FM, seules 15 stations ont une audience significative

sur 34 radios (les autres étant en-dessous d’un point d’audience).

Un accroissement supplémentaire de l’offre viendrait émietter davantage un marché

publicitaire radio qui est déjà très morcelé, alors que la tendance structurelle est celle d’un

basculement de la publicité vers internet. Cette tendance structurelle est apparue nettement

pendant la crise économique. Si les recettes publicitaires pour la radio sont en hausse en 2010

par rapport à 2009 d’environ 5 % à 744 millions €, cette hausse ne doit pas masquer qu’elle

succède à des baisses très importantes. Alors qu’en 2006, la marché publicitaire de la radio

était estimé à 848 millions €, il n’a cessé jusqu’en 2009 de baisser, bien avant la crise

économique, passant à 805 millions € en 2007, 779 millions € en 2008, puis 710 millions € en

2009 (source IREP).

La deuxième critique d’ordre à la fois économique et technologique concerne le

renouvellement du parc de récepteurs radio. Bien que celui-ci ne soit pas évalué précisément à

6

cause des nombreux moyens de recevoir la radio, il est estimé à environ 150 millions par les

fabricants. Il se renouvelle principalement par l’acquisition de postes de radio simple (dit

« kitchen-radio ») et de radio-réveil. Le lancement de la RNT est donc confronté à une double

difficulté que n’a pas connue la TNT : le parc à renouveler est beaucoup plus vaste, et le

renouvellement est peu dynamique, à cause précisément du suréquipement des auditeurs et de

la durée longue de vie des transistors. A vrai dire, seul l’attrait – en contenus, données

associées, et offre nouvelle, - pourra conduire l’auditeur à changer ses postes. Mais cela

suppose un avantage pour le consommateur dont on a vu qu’il est variable suivant les Régions

et les zones.

Une troisième critique est que la RNT serait une technologie « dépassée ». Cette

critique met en avant le fait que l’univers des médias serait désormais « ouvert » et non plus

« fermé », et qu’Internet aurait rendu obsolète tout système basé sur la rareté de la fréquence.

Cependant, une fois encore, la réalité est plus complexe. Chacun sait que depuis leur création

et leur généralisation, la numérisation et la mise en réseau ont profondément bouleversé la

diffusion des médias et des biens culturels, parce que les pratiques se modifiaient. Toutefois,

cela n’empêche pas que les radios peuvent avoir un intérêt fort à maintenir et à rendre attractif

leur présence sur un double système, l’un en mode ouvert, l’autre en mode fermé, qui peuvent

se combiner pour se renforcer. A vrai dire, de la même manière que chacun insiste

aujourd’hui sur la marche inexorable de la TNT vers la télé connectée, c’est là un argument

qui plaide plutôt en faveur de la RNT : à l’instar de la télévision, la radio numérique pourrait

combiner la réception hertzienne et des fonctions par voie IP (hypothèse souvent développée

dite de radio hybride). C’est la voie par exemple que la Communauté francophone de

Belgique est en train d’explorer.

C’est pourquoi il importe de penser et d’articuler la RNT et la radio IP en tenant

compte des spécificités de chaque mode, et non pas de calquer l’un sur l’autre. Ainsi les

données associées que permet la norme la plus sophistiquée (TDMB) ne seront pas d’une

grande complexité. Elles seront en tout état de cause beaucoup moins riches que celles que

permet déjà la voie IP et qu’assurent les sites actuels des radios. En outre, on ne sait pas si les

données associées sont valorisables financièrement. La plupart des radios estiment qu’un

annonceur n’est pas prêt à payer davantage un auditeur numérique par rapport à un auditeur

analogique. On ne connaît pas bien, au demeurant, la part que ces données associées et leur

éventuelle sophistication pourraient représenter dans la motivation d’achat du consommateur.

La confrontation entre les partisans et les opposants à la RNT crée des débats très vifs

depuis maintenant plusieurs années. Cependant les arguments sceptiques ayant pesé pour

l’instant davantage, et ayant même gagné du terrain, la RNT se trouve être dans une impasse.

3). Le rapport d’étape a permis d’exposer les positions des différents acteurs, qui

ont depuis précisé leur position.

· Les fabricants ont fait savoir qu’ils étaient prêts à lancer la RNT, ainsi que les

réseaux de distribution.

Cette position doit cependant être tempérée par le fait qu’aucun grand fabricant n’a

parmi ses produits présentés en 2010 lors de l’IFA, le grand salon annuel à Berlin, de

prototypes concernant la RNT. Ce point n’est pas anodin : en effet, tous les grands fabricants

ont, par contre, investi de manière massive dans la TV en 3D et dans la TV connectée, alors

que les programmes sont rares. Cela signifie que le terminal destiné à la radio numérique,

même si les producteurs se disent prêts à en fabriquer, et malgré le fait que la RNT a été

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lancée dans plusieurs pays européens, ne fait pas partie de leurs priorités industrielles. Il faut

néanmoins mentionner l’exception que représentent notamment en Grande Bretagne des

entreprises plus petites qui ont fait de la fabrication des radios numériques un élément majeur

de leur stratégie.

· Les radios privées nationales ont maintenu leur opposition à la RNT, du moins

telle qu’elle est conçue aujourd’hui, voire l’ont renforcée, estimant qu’elles ne pourraient

pas supporter longtemps un coût de double diffusion très faiblement compensé par des

perspectives incertaines de recettes nouvelles.

· Les radios associatives et les radios indépendantes ont pour la plupart confirmé

leur intérêt pour la RNT, à condition que soit garantie une diversité égale ou supérieure à

celle de la bande FM

· Les diffuseurs, en particulier, sont évidemment prêts à lancer des réseaux TNT

dans lesquels ils voient une opportunité de développement mais attendent les décisions

des pouvoirs publics et ne croient pas à la viabilité du système si les principaux opérateurs

n’y adhèrent pas.

· Le service public a confirmé son souhait que la RNT soit lancée afin d’avoir

une couverture quasi intégrale du territoire pour les sept réseaux du service public.

· Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a fait savoir qu’il était prêt à

lancer des appels à candidature sur des zones étendues.

· Les pouvoirs publics, même s’ils ont rappelé leur attachement de principe au

développement du numérique, ont confirmé que leur investissement, compte tenu du

contexte économique, ne pourra aller au-delà de ce qui est prévu : soutien au service

public via la redevance, soutien aux radios associatives via le Fonds de soutien. En aucun

cas, le grand emprunt destiné à des technologies numériques innovantes ne pourrait être

utilisé pour lancer la RNT.

4). Dans cette situation, où les tensions sont grandes concernant la RNT, il nous

paraît clairement que les conditions ne sont pas réunies économiquement pour un

lancement à grande échelle de la RNT.

· Les pouvoirs publics n’ont pas les moyens de financer la totalité du réseau.

A la différence d’autres médias telle que la presse dont l’économie dépend pour partie

des aides de l’Etat, les radios commerciales ont existé sans solliciter l’aide financière de celuici.

La contraction forte et continue du marché publicitaire radio entre 2006 et 2009 explique

que certaines radios commerciales ont envisagé, probablement pour la première fois, de

recourir à une aide de l’Etat pour le développement d’une nouvelle technologie coûteuse.

Du point de vue de l’Etat, le financement de la RNT se pose donc triplement : une

augmentation des ressources de la radio publique ; une augmentation de la dotation affectée

au FSER ; et une aide éventuelle aux radios commerciales. A cela s’ajoute, comme pour la

TNT, une éventuelle participation aux efforts marketing de lancement de la RNT. Le

lancement de la RNT et son développement seraient, dans cette perspective, très largement

supportés par le budget de l’Etat. Or le problème de l’arrêt de l’analogique qui se pose aux

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radios ne se pose pas moins à l’Etat. Un financement spécifique de la RNT durerait

probablement autant que continuera à exister la FM.

Dans ces conditions, et compte tenu des contraintes budgétaires de l’Etat, il n’apparaît

pas possible que les pouvoirs publics s’engagent dans un financement du réseau de la RNT

qui ne pourrait qu’être à un niveau élevé et pendant une période assez longue, d’autant que

l’expérience montre qu’une fois un financement assuré par l’Etat, les modèles économiques

s’étant habitué à ce financement, il est très difficile de l’arrêter sans fragiliser grandement les

entreprises qui en bénéficient. Ajoutons qu’à la différence de la télévision, pour laquelle

l’arrêt de l’analogique permet un dividende numérique partiellement monétisable, il n’y a pas

aujourd’hui de perspectives monétisables concernant la récupération de la bande FM. Les

choses peuvent évoluer tant il est vrai qu’en matière de fréquences les besoins vont croissant,

mais tel n’est pas le cas aujourd’hui. Or, un récent rapport réalisé par le Radio Spectrum

Policy Group, présenté lors d’une semaine de la radio numérique à Genève, souligne qu’en

matière de Radio Numérique en Europe, l’initiative publique dispose d’une quasi exclusivité.

Ce rapport montre donc l’impasse à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés en la

matière.

· Les opérateurs privés qui auraient, en principe, les moyens de supporter le

développement de la RNT sur l’ensemble du territoire ne souhaitent pas le faire.

Les radios commerciales, et en particulier celles nationales, sont particulièrement

sensibles à toute dépense supplémentaire, sans perspective d’un retour sur investissement ni à

court terme, ni même à moyen terme, compte tenu du maintien probable de la diffusion

analogique. Les radios sont soucieuses de devoir supporter pendant une durée assez longue

(peut-être une dizaine d’années, voire davantage) une double diffusion, voire une triple

diffusion pour celles qui souhaitent conserver les longues ondes.

Ce coût additionnel inquiète d’autant plus les radios qu’elles n’ont pas, pour l’instant,

connaissance de moyens de valoriser de manière significative la publicité qui résulterait de la

diffusion de données associées.

· Les opérateurs privés (les radios associatives, réseaux multi villes) qui

souhaitent lancer la RNT ont des moyens limités qui ne peuvent garantir un plein

développement de celle-ci.

Les radios associatives ont fait part, depuis plusieurs années, aux pouvoir publics de

leur souhait qu’un financement supplémentaire leur soit destiné afin de payer les coûts

spécifiques et inédits liés à la RNT, au premier rang desquels le coût de diffusion, ainsi que

l’emploi ou la formation de personnes pour la fabrication de données associées.

Comme l’a préconisé le rapport de M. Emmanuel Hamelin spécialement consacré à ce

sujet, les pouvoirs publics se sont toutefois engagés, déjà, à ce que le fond de soutien à

l’expression radiophonique (FSER) augmente afin de compenser partiellement le coût de la

Rédacteur : Serge Surpin

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